Compte rendu de la réunion d’information du 9 novembre 1999 (Sorbonne)

(établi par M. Bernard et F. Lavocat)

Françoise Lavocat présente les deux personnes à l’origine de la pétition : Michel Bernard, maître de conférences à Paris III et elle-même, maître de conférences à Paris VII. Elle rappelle l’historique de la pétition, lancée en mai dernier quand le projet de fermeture de la librairie du boulevard Saint-Michel a été connu. La pétition a circulé sur papier et surtout par Internet. Elle a été adressée aux universitaires et aux personnels de la recherche, touchés en premier lieu par la disparition de ce lieu de mémoire et instrument de travail irremplaçable. Cependant, de nombreuses demandes d’étudiants et de lecteurs de toutes professions sont parvenues ; il a cependant été jugé préférable, dans un premier temps, de préserver la spécificité de la pétition, quitte à envisager un élargissement ultérieur, ou la constitution d’autres pétitions.

La pétition a recueilli jusqu'à présent 350 signatures, dont un quart environ d’universitaires étrangers. Ces collègues ont été nombreux à envoyer des messages de soutien pour la réunion du 9 novembre, ce qui montre que l’émotion que suscite la fermeture de la librairie trouve des échos au-delà des frontières : ce projet est unanimement considéré comme une atteinte portée à la diffusion de la recherche française. Chez les universitaires étrangers et provinciaux, pour lesquels la librairie constituait un point de repère et souvent un lieu d’approvisionnement unique en matière de livres lors de leurs séjours parisiens, la réaction a souvent été très vive.

F. L. précise ensuite l’esprit dans lequel était née l’idée de la réunion du 9 novembre. Il s’agit, pour les organisateurs, d’une réunion d’information, permettant de faire, autant que possible, le point sur la situation de la librairie des PUF et d’envisager la suite éventuelle que l’on pourrait donner à cette action.

Pour atteindre cet objectif, un certain nombre de représentants de la direction des PUF et des pouvoirs publics ont été avertis de la tenue de cette réunion et invités à y participer. Plusieurs contacts téléphoniques ont eu lieu entre les organisateurs et M. Prigent, président du directoire des PUF, et M. Lecourt, membre du Conseil de Surveillance des PUF. Ces échanges ont permis aux organisateurs de souligner qu’ils n’entendaient pas s’opposer au directoire des PUF ni s’immiscer dans les débats internes à l’entreprise. MM. Prigent et Lecourt en ont pris acte mais n’ont pas souhaité intervenir à l’occasion de cette réunion et à ce stade du débat. Des contacts ont également été pris avec le ministère de l’Enseignement et de la Recherche, qui n’a pas donné de réponse, et avec le Ministère de la Culture. M. Jean-Guy Bouin, de la Direction du livre et de la lecture, n’a pas pu venir. M. Gross, directeur adjoint des affaires culturelles de la Mairie de Paris, n’a pas souhaité participer à la réunion du 9 novembre mais a affirmé que la Mairie de Paris suivait de très près ce dossier. Toutes ces personnes ont manifesté le désir d’être informées de l’issue des débats.

F. L. remercie l’université Paris III pour avoir accueilli cette réunion dans ses locaux.

Michel Bernard fait un résumé de la situation, telle qu'elle ressort des informations publiées dans la presse. Il regrette que l'absence de représentants des PUF et des ministères ne permette pas une mise au point plus exacte et plus autorisée.

Un plan de restructuration a été proposé le 10 mai 1999 au conseil de surveillance des PUF. Il implique :

Ce plan est motivé par une situation financière très grave, pouvant aller jusqu'au dépôt de bilan. Une subvention de 4 MF a été versée par le ministère de la Culture mais la trésorerie des PUF demeure très fragile. Pour expliquer cette crise, la direction évoque différentes causes :

Le plan de restructuration a été adopté par cinq des sept membres du comité de surveillance. L'un des opposants à ce plan, Pierre Angoulvent, fils du fondateur des PUF et ancien directeur du conseil, a démissionné à l'issue de la réunion, alléguant un dévoiement des missions initiales des PUF.

Depuis ce vote, qui a suscité beaucoup de réactions et d'articles de presse, la situation n'a guère évolué. La librairie, qui devait fermer à la rentrée, est toujours ouverte, comme on peut le constater. Le seul épisode marquant aura été un échange de propos assez vif, par voie de presse, entre Gérard Desseigne, universitaire et auteur des PUF, expert désigné par le comité d'entreprise des PUF, critiquant l'indigence du plan social proposé par la direction, et Dominique Lecourt, membre du Conseil de Surveillance des PUF, défendant les choix de la direction au nom de 207 personnalités du monde intellectuel associées à la vie des PUF.

En conclusion, M. B. souhaite préciser la position de la pétition pour la sauvegarde des PUF, qui ne prend pas position dans un débat pour ou contre la direction actuelle mais qui veut simplement exprimer un refus de voir disparaître une librairie sans équivalent non seulement dans le Quartier latin mais encore à Paris et en France (ce dont attestent les très nombreuses réactions à l'étranger). L'objet de la présente réunion est d'échanger des informations mais aussi de réfléchir aux meilleurs moyens d'action pour sauver ce qui peut l'être.

Jeanine Cohen (CNRS) souhaite que l'on dissocie, dans la discussion, le problème de la librairie et celui de la maison d'édition. La librairie est très importante pour la vie du Quartier latin, même si les premiers cycles universitaires ont été délocalisés en périphérie.

Françoise Lavocat fait état d'un sondage effectué pour l'association " Promenade Saint-Michel ", établissant que les habitants du quartier se plaignent, en premier lieu, de la disparition des commerces.

Gérard Delahaye, membre de la fondation Marc Bloch, indique que l’université d’été de cette association a travaillé sur le dossier des PUF, qu’elle estime représentatif de la situation actuelle de la production culturelle dans une économie de marché. Avec la fondation Copernic, ils envisagent de lancer un appel, sous forme de lettre ouverte, pour poser publiquement le problème de l’exception culturelle. La fondation Marc Bloch est disposée à mettre au service de la sauvegarde des PUF ses réseaux et ses contacts avec les médias.

Gérard da Silva, secrétaire du Comité d’Entreprise des PUF, apporte quelques précisions sur la situation actuelle.

Yves Lacoste, professeur en classes préparatoires, fait remarquer que les 300 enseignants et chercheurs signataires de la pétition sont encore trop peu nombreux. Il propose de mobiliser également les étudiants, qui déplorent eux aussi la disparition de la librairie.

Armelle Picardat-Pezé, professeur en classes préparatoires, est membre de l’association " Agissons pour les Librairies Universitaires ". Elle insiste sur l’importance de l’information dans ce domaine et suggère de s’adresser au public par une " lettre ouverte ".

Yves Lacoste demande quel serait le coût d’une rénovation de la librairie.

Gérard da Silva indique que la rénovation est estimée à 7 M de francs alors que le plan social coûterait 15 M de francs. Il ajoute que la question de la rénovation est moins importante que celle de la gestion des stocks.

Françoise Lavocat demande confirmation du projet des PUF de transformer la Pochothèque de la rue Soufflot en librairie d’édition (ne vendant que les livres des PUF).

Gérard da Silva confirme et signale que les librairies d’édition sont régulièrement déficitaires. Il rappelle à cet égard la fermeture de la librairie Larousse.

Philippe Chauvet, conseiller municipal du cinquième arrondissement, indique qu’une réunion des associations (CICA) doit se tenir en décembre sur l’aménagement du boulevard Saint-Michel. Il est important de souligner dans ce contexte l’opportunité du maintien de la librairie des PUF. Il est important de faire circuler l’information sur cette question.

Elizabeth Johnston, membre de l’association " Promenade Saint-Michel ", annonce une réunion le mardi 23 novembre, de 18 à 20 h., au cinéma " Le Racine " pour présenter les résultats du sondage auquel a fait allusion Françoise Lavocat. Il faut éviter de patrimonialiser le quartier, qui veut rester un lieu de vie, mais sans entrer dans une logique d’entreprise.

André Salem, professeur à Paris III, fait état du pessimisme et du dégoût qui a tout d’abord saisi les universitaires à l’annonce de la fermeture de la librairie. Puis ce catastrophisme a laissé la place à une lueur d’espoir et l’impression qui prévaut aujourd’hui est qu’il faut aller plus loin et arrêter le processus amorcé.

Gérard Delahaye estime qu’il ne faut pas se cantonner aux conséquences sur le quartier, mais qu’il faut prendre en compte tous les aspects de la question. C’est en unissant tous ceux que pénaliserait la fermeture de la librairie et en montrant qu’il n’y a pas de fatalité que l’on pourra créer un rapport de forces suffisant. Il faut faire appel aussi aux organisations syndicales enseignantes.

Philippe Chauvet ajoute qu’il ne s’agit d’ailleurs pas de refuser tout autre plan pour faire évoluer l’entreprise.

Gérard da Silva évoque à nouveau le mémorandum en cours d’élaboration, qui permettrait de faire passer les revendications du quantitatif au qualitatif, en présentant des propositions constructives. Le personnel des PUF n’est pas opposé par principe à un plan de restructuration qui sauvegarderait l'identité et la fonction culturelle du groupe PUF.

Gérard Desseigne, expert désigné par le Comité d’Entreprise, donne quelques aperçus des propositions contenues dans ce mémorandum, qui est encore en débat et ne peut être publié à ce jour. Il rappelle par ailleurs qu’il est universitaire, auteur des PUF, et qu’il conseille gratuitement le Comité d’Entreprise. Le personnel a un bon dossier face au plan de restructuration, qui se révèle impraticable dans les faits. Pour lui, il est encore possible de sauver les PUF mais il faut aller vite. Son analyse met en avant les points suivants :

Michel Bernard se félicite de l’émergence de projets alternatifs permettant d’envisager le sauvetage de la librairie. Il précise toutefois que le rôle des signataires de la pétition n’est pas de porter tel ou tel projet, mais d’affirmer la volonté des usagers et consommateurs de la librairie et de la maison d'édition de conserver des services auxquels ils sont attachés. Plus attentifs aux résultats qu’aux moyens, ils soutiendront tout projet qui permettra de sauvegarder la librairie sans compromettre l’avenir de la maison d’édition.

Gérard Delahaye propose la création d’un comité de soutien aux PUF, qui ne se contenterait pas de vouloir garder l’existant mais ferait des propositions, dans une dynamique d’ouverture. La question est de savoir qui adhère : individus ? associations ? La meilleure formule serait de toutes façons l’association loi de 1901.

André Salem rappelle que le livre n’est pas un produit comme les autres, et que le terme de " consommateurs " laisse croire qu’il s’agit d’un simple problème économique. Il s’agit en réalité d’empêcher un véritable " acte de barbarie ".

Lyne Cohen Solal, conseillère régionale, indique qu’aucune solution n’est à rejeter, y compris, éventuellement, la reprise de la librairie par un autre libraire.

Françoise Lavocat avance que l’objectif majeur reste la sauvegarde de la librairie et de l’enseigne des PUF mais qu’une solution de ce type constituerait peut-être un moindre mal.

Michel Bernard clôt la séance en remerciant les participants (une cinquantaine de personnes ont assisté à la réunion) et en reprenant l’idée de la création d’une association, qui pourrait se poser en représentant des usagers des PUF et fédérer tous ceux qui n’acceptent pas la disparition de la librairie. Le texte de la pétition pourrait servir de base à ce comité de soutien.

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